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Vivre avec les ours bruns 10/05/2006
Les animaux sauvages peuvent-ils cohabiter avec l’homme ? Des espèces en voie de disparition ont-elles droit à environnement préservé ? Sauvegarder la vie sauvage en France est-il vital ou inutile ? Toutes ces questions sont posées par le plan Ours et la réintroduction en France d’ours bruns dans les Pyrénées.
Portrait de l’ours brun
L'ours brun est une espèce protégée
Renforcement de la population d'ours bruns dans les Pyrénées
Cohabiter avec l’ours
Conclusion
Liens
Portrait de l’ours brun
Il existe 7 espèces d’ours à travers le monde : ours polaire, panda géant, ours brun… L’ours brun est avec l’ours polaire le plus gros carnivore terrestre. Il y a plusieurs sous-espèces d’ours bruns. Cousin des impressionnants grizzlis américains, l’ours brun d’Europe est le plus petit des ours bruns.
L’ours a un corps massif recouvert d’un épaisse fourrure de couleur beige à brun foncé. Il mesure de 1,70 à 2,50 m debout et de 0,80 à 1,25 m au garrot. Adulte, le mâle pèse de 80 à 300 kg et la femelle de 60 à 170 kg. Le poids de l’ours est variable, et de 30% plus élevé en automne avec l’accumulation des graisses qui vont le protéger du froid hivernal.
Ce très grand carnivore a une façon de marcher particulière, semblable à celle de l’homme. Il est plantigrade, c’est-à-dire qu’il se déplace sur la plante des pieds. Il possède cinq doigt à chaque membre, tous munis de longues griffes non rétractiles.
Chaque ours, mâle comme femelle, règne sur son territoire (une centaine de km2 pour le mâle adulte, cinq fois moins pour la femelle ou le jeune mâle). L’ours vit en général entre 900 et 1800 mètres d’altitude. Animal solitaire, il craint l’homme et son activité est essentiellement nocturne.
L’ours brun est omnivore. Il mange de tout, en s’adaptant aux saisons et à la nourriture disponible. Son régime soit végétarien à 70% (racines, bourgeons, fruits, glands, châtaignes…). Aimant aussi la viande, l’ours se sert de ses griffes pour attraper les petits mammifères tapis dans leurs terriers. En période hivernale, l’ours affaibli ne peut chasser. Il recherche alors des proies faciles, comme les ovins, provoque des pertes dans les troupeaux des éleveurs.
De mi-novembre à début avril, l’ours est en phase de dormance hivernale. Il dort d’un sommeil intense, entrecoupé de réveils et d’une activité réduite.
D’avril à juin, c’est la période du rut et de la fécondation. Les ours mâles parcourent les territoires des femelles. Le mâle est mature entre 5 et 10 ans et la femelle à partir de 5 ans. Elle est féconde toute sa vie. L’ourse donne naissance à un ou deux petits tous les 2 à 3 ans en moyenne. Quand elle est fécondée, l’ourse chasse le mâle, qui ne s’occupera donc pas des petits. La gestation ne débute qu’au bout de 5 mois, quand l’œuf se fixe sur l’utérus, et dure seulement 2 mois.
Les oursons naissent au cœur de l’hiver. En mars-avril, âgés d’environ 4 mois, ils commencent à pointer leur museau hors de la tanière de leur mère. Ce n’est qu’un an plus tard qu’ils s’émanciperont définitivement. Les oursons sont très fragiles, seul 1 sur 2 survivra à sa première année. En liberté, un ours vit environ 25 à 30 ans.
L'ours brun est une espèce protégée
L’ours brun est une espèce protégée au niveau international par la Convention de Berne sur la conservation de la vie sauvage et des habitats naturels de l’Europe (1984). Il est également mentionné comme espèce protégée par la Directive européenne dite "Habitat" du 21 mai 1992. Cette directive concerne la conservation des habitats naturels et de la faune et de la flore sauvages.
A l’heure actuelle, en France, l’ours brun est une espèce en voie d’extinction. Peuplant au 19ème siècle le Jura, les Alpes et les Pyrénées, l’ours s’est raréfié car il a été chassé pour sa peau et sa viande et considéré comme nuisible. Alors qu’en 1900, on comptait de 150 à 200 ours dans les Pyrénées, il n’y en avait plus que 70 en 1954. Première mesure pour arrêter ce déclin, l’interdiction de la chasse à l’ours est promulguée en 1962.
Dans les années 70, des organisations internationales soulignent le danger qui menace un certain nombre d’espèces animales, dont l’ours brun. En 1976, il figure sur le livre rouge (espèce menacée) de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). En 1981, l’ours est enfin considéré comme une "espèce totalement protégée sur l’ensemble du territoire" français par le Code de l’Environnement.
Renforcement de la population
En 1984, suite à une campagne du Groupe Ours (collectif national d’associations de protection de la nature), le Plan Ours est mis en place par le Ministère de l’Environnement. L’objectif est de parvenir en 5 ans à une population ursine de 40 individus. Constat d’échec : à la fin des années 80, il ne reste que 7 à 8 ours dans les Pyrénées.
En 1993, quelques élus pyrénéens signent avec l’Etat une charte envisageant le lâcher de 3 ours à titre expérimental. Dans la foulée, une large concertation réunit élus, administrations, éleveurs et associations dans une volonté commune de valoriser la présence de l’ours et le développement durable du patrimoine naturel pyrénéen.
Un plan de conservation et de restauration est alors entrepris, en partenariat avec la Slovénie, pays d’Europe centrale où vivent plusieurs centaines d’ours bruns de la même sous-espèce que les ours français, et où la rage est éradiquée.
Deux femelles (1996) puis un mâle (1997) sont capturés en Slovénie, puis lâchés dans les Pyrénées. Melba, l’une des deux ourses, sera tuée par un chasseur un an plus tard, mais elle aura pu donner naissance à deux oursons.
Actuellement, les Pyrénées comptent une quinzaine d’ours, répartis d’Ouest en Est:
- dans la partie occidentale, 3 mâles adultes et un ourson mâle; - dans la partie centrale, 8 à 11 individus (6 à 8 adultes et 2 à 5 jeunes); - dans la partie orientale, 2 mâles adultes dont un a migré depuis la partie centrale.
En janvier 2005, un plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises sur la période 2006-2009 a été engagé par le Ministère de l’Ecologie et du développement durable. Pendant l’année 2005, une phase de concertation a été mise en place sous l’autorité du préfet de la région Midi-Pyrénées, afin de dialoguer avec les populations et les communes concernées.
En mars 2006, la Ministre de l’Ecologie Nelly Olin a annoncé que 5 nouveaux ours slovènes seraient lâchés dans les Pyrénées centrales entre avril et juin 2006 : 1 mâle, et 4 femelles pour compenser le déficit de femelles. Ces ours seront équipés de dispositifs télémétriques à durée de fonctionnement volontairement limitée (2 ou 3 ans), permettant leur suivi dans un premier temps.
Ils seront tous lâchés dans les Pyrénées centrales, les élus de cette région étant les seuls favorables à la réintroduction de l’ours. Pourtant la majorité de la population française dans son ensemble, et de la région Midi-Pyrénées en particulier, est favorable à la présence de l’ours en France.
Portant sur une quinzaine d’animaux au départ, le plan du gouvernement a été ramené à 5 individus en raison de l’hostilité des anti-ours, qu’il s’agisse d’éleveurs ou d’élus locaux. Mais le chiffre de cinq individus paraît insuffisant pour assurer une présence durable de l’ours brun.
En effet, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) a réalisé en 2002 une étude précisant qu’il fallait réintroduire à brève échéance au moins onze ours dans les Pyrénées pour que la population puisse se perpétuer dans les années à venir.
Cohabiter avec l’ours
Le plan de restauration et de conservation de l’ours soutient la possibilité d’une cohabitation pacifique entre l’ours brun et les activités humaines comme le pastoralisme, l’apiculture ou la chasse.
Le pastoralisme joue un rôle social et économique conséquent, et participe à la protection de l’environnement. La crise de cette filière – soutenue financièrement par l’Etat - n’est pas directement liée à la présence de l’ours, mais les éleveurs se focalisent sur les dégâts que celui-ci peut occasionner. On estime que l’ours détruit environ 2% du cheptel ovin chaque année. L’Etat rembourse les éleveurs, dans des délais parfois très longs.
Les dégâts causés par les chiens errants, voire les sangliers et les rapaces, sont jugés supérieurs à ceux provoqués par l’ours. Le plan gouvernemental accorde une priorité au développement des moyens de protection : embauche de bergers, regroupement nocturne des troupeaux, utilisation des chiens de garde patou, clôture souple pour contenir le troupeau.a moitié du budget consacré à la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées – environ 1,5 million d’euros par an - concerne l’aide au pastoralisme.
La pratique de la chasse dans les Pyrénées doit bien sûr prendre en compte la présence des ours. L’Etat propose aux fédérations de chasseurs la signature d’une charte destinée à les responsabiliser, et tente de réconcilier les chasseurs et les ours par l’information et la formation. L’organisation de la chasse doit tenir compte de la présence de l’ours, les chasseurs doivent savoir quelle est la conduite à tenir face à un ours…
Le but est d’éviter les accidents qui ont causé la mort de trois ours en dix ans. Le dernier, en 2004, concernait Cannelle, la dernière ourse de souche pyrénéenne. Le chasseur a été jugé : un non-lieu a été rendu, c’est-à-dire qu’aucune charge n’a été retenue contre lui.
Conclusion
L’ours brun - "Lou Moussu", comme on l’appelle dans les Pyrénées - fait partie intégrante de la culture pyrénéenne. Il est toujours l’emblème de la montagne sauvage.
La présence de l’ours peut d’ailleurs être valorisée par l’économie locale (tourisme, produits du terroir, artisanat.).
Aujourd’hui, s’il n’est plus considéré comme un prédateur dangereux ou nuisible, la volonté de la France de maintenir cette espèce protégée dans son habitat naturel se heurte encore à de vives oppositions. Ce sont les mêmes que celles rencontrées par les programmes de préservation du tigre en Asie ou de l’éléphant en Afrique.
Liens
Site de l’Etat consacré à l’ours brun Association FERUS
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