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Qu'est-ce que la grippe aviaire ? 10/03/2006
Depuis quelques semaines, le virus H5N1 de la grippe aviaire fait la une de l’actualité. Qu’en est-il exactement? Quels sont les risques pour les animaux et pour les hommes? Afin de vous aider à y voir un peu plus clair, nous avons synthétisé pour vous les informations émanant de différents organismes officiels.
(Sources: Délégation Interministérielle sur la grippe aviaire, Ministère de la Santé et des Solidarités, Institut de Veille Sanitaire, Agence française pour la Sécurité Sanitaire Alimentaire, Organisation Mondiale de la Santé)
L’origine du virus H5N1
Les modes de contamination
Les symptômes
La situation en France
Les conséquences sur l’élevage
Lexique
Se renseigner
L’origine du virus H5N1
La grippe est une infection respiratoire aiguë, contagieuse, d’origine virale. La grippe aviaire, également appelée "grippe du poulet", est une maladie animale dénommée par les vétérinaires "influenza aviaire".
Elle peut toucher presque toutes les espèces d’oiseaux, qu’ils soient sauvages (canards, cygnes...) ou domestiques (poules, dindes…). Cette infection est provoquée par des virus de la famille des Orthomyxoviridae, dans le genre Influenzavirus. L’influenza aviaire est causée essentiellement par deux sous-types de virus H5 et H7 parmi lesquels existent différentes souches plus ou moins pathogènes.
Le virus H5N1 est apparu en Asie du Sud-Est en 1997. Depuis fin 2003, l’influenza aviaire est endémique et son éradication semble extrêmement difficile. Elle a entraîné la mort ou la destruction de plus de 150 millions d’oiseaux. Au contact d’autre virus grippaux, H5N1 s’est stabilisé, puis il est devenu dominant et a éliminé les autres virus.
Il est désormais omniprésent. Depuis le début de son expansion, en décembre 2003, des oiseaux sauvages ou d’élevage ont développé l’infection dans 41 pays différents ! Au 1er mars 2006, des oiseaux sauvages ont été trouvés porteurs du virus H5N1 dans 16 pays européens.
Le virus H5N1 est hautement pathogène, c’est-à-dire qu’il est très virulent (capable de provoquer la mort chez le sujet infecté) et très contagieux (capable de se transmettre très rapidement d’un individu à l’autre, dans la même espèce). De plus, il mute rapidement et a une propension avérée à acquérir les gènes des virus infectant d’autres espèces.
En raccourci, cela signifie qu’il peut toucher d’abord les oiseaux, puis, plus difficilement, une autre espèce, puis muter et devenir une maladie propre à l’espèce humaine.
Les modes de contamination
La transmission du virus H5N1 se fait par voie aérienne ou par voie digestive. Par la voie aérienne, la contamination peut être directe (par les déjections ou les sécrétions respiratoires des animaux) ou indirecte (par exposition à des éléments contaminés, par exemple la nourriture, l’eau, le matériel, les vêtements).
Les cas de contamination de l’animal à l’homme se sont produits par voie aérienne (sécrétions respiratoires), lors de contacts étroits, prolongés et répétés, dans des espaces confinés, avec des animaux porteurs du virus.
En aucun cas le virus ne se transmet par ingestion de viande de volaille, car il est détruit très rapidement à des températures supérieures à 60° Celsius (pendant 5 minutes à 60° Celsius, 1 minute à 100° Celsius). De plus, dans l’hypothèse d’une ingestion de viande de volaille ou d’œufs contaminés et crus, le virus serait détruit par l’acidité du liquide gastrique.
Le gibier d’eau migrateur - notamment les canards sauvages - constitue le réservoir naturel du virus. Ces oiseaux sont aussi les plus résistants. La plupart survivent à l’infection et excrètent le virus pendant 10 jours au moins, par voie orale et dans les fèces.
Ainsi, le milieu aquatique peut être souillé par des déjections contaminées qui restent infectieuses pendant plusieurs mois. C’est pourquoi les étangs, les marais et les lacs - très appréciés des oiseaux sauvages - sont des zones particulièrement surveillées.
En France, les premiers cas d’oiseaux sauvages morts du virus étaient justement situés sur le lac de Dombes, dans le département de l’Ain (Sud-Est). A proximité de ce lac, un élevage de 11.000 dindes a été contaminé et donc abattu. Cette zone est aujourd’hui sous étroite surveillance. Le confinement des volailles dans des espaces clos et couverts a été étendu à 58 départements français, afin d’éviter que les oiseaux domestiques ne soient contaminés par des oiseaux sauvages.
Hormis les oiseaux, le virus est susceptible de toucher le porc, animal qui est souvent le terrain de mutation de virus qui peuvent ensuite contaminer l’homme. Les volailles doivent donc être séparées des porcs dans les élevages, afin d’éviter que le virus ne s’adapte aux porcins.
Divers mammifères comme les félidés, les mustélidés (furet), les pinnipèdes (morses, otaries, phoques), le cheval, le chien, la chauve-souris et, sous certaines conditions, les animaux de laboratoire (souris, rat, furet, cobaye, lapin) peuvent également être contaminés.
Des tigres et chats sauvages en Asie, des chats en Allemagne et en Autriche ont été contaminés récemment par le virus H5N1, certainement par ingestion d’oiseaux morts qui étaient infectés. En Europe, un chat en est mort mais les autres se sont débarrassé du virus. Ces chats se trouvaient tous dans des zones infectées.
Il n’y a donc aucun risque qu’un chat se trouvant dans une zone non infectée puisse développer le virus. De plus, à l’heure actuelle, rien ne permet de dire que le virus pourrait être transmis du chat à l’homme.
Enfin, le virus H5N1 n’est pas transmissible d’homme à homme. Pourtant, du fait de la multiplication des zones infectées et de la capacité du virus à muter, un nouveau type de virus susceptible de s’adapter plus facilement à l’homme pourrait émerger.
Cela faciliterait la contagion inter-humaine et provoquant une épidémie d’autant plus grave que la population ne pourra être immunisée que plusieurs mois après le début la contagion. En effet, un vaccin efficace ne peut être fabriqué que lorsque la souche du virus responsable de l’épidémie est connue et isolée.
Les symptômes
Chez l’animal, l’influenza aviaire peut avoir des symptômes très variés, allant d’une forme bénigne à une maladie très contagieuse et rapidement mortelle qui provoque de graves épidémies. On parle alors d’influenza aviaire hautement pathogène, qui se caractérise par une apparition brutale de graves symptômes et une évolution rapide vers la mort, le taux de mortalité pouvant avoisiner les 100 % d’un élevage en 24 ou 48 heures.
Après une période d’incubation de 3 à 5 jours, les signes suivants peuvent apparaître chez les oiseaux d’élevage : diminution de l’appétit, réduction considérable de la production d’œufs, affections respiratoires.
S’il s’agit d’une souche hautement pathogène du virus (tel le H5N1), ces symptômes évoluent : de plus en plus marqués, ils peuvent déboucher sur une mort subite. Des tests à visée diagnostique existent ; ils permettent d’identifier le virus grippal sans pouvoir en préciser le type. Les volailles peuvent être infectées avec des symptômes frustres ou l’absence de signes cliniques avec des souches faiblement pathogènes.
Certaines espèces, notamment chez les oiseaux sauvages, sont plus résistantes que d’autres et les canards peuvent être infectés par des souches pathogènes en ne présentant que des signes cliniques très discrets. La souche H5N1 provoque des signes cliniques chez les volailles domestiques.
Chez l’homme, la durée d’incubation de la grippe aviaire peut aller jusqu’à sept jours. Les signes cliniques sont: une fièvre à 39° Celsius ou plus, des maux de tête, des courbatures, de la fatigue, une toux et une gêne respiratoire.
Comme lors de toute grippe, des complications peuvent apparaître (troubles respiratoires sévères). Elles peuvent être liées au virus lui-même (par exemple : otite, pneumopathie). Elles peuvent également être dues à une surinfection par des bactéries touchant les voies respiratoires (pneumonies), mais aussi être généralisées, comme des septicémies.
Des cas humains ont été identifiés dans 5 pays asiatiques : Cambodge, Chine, Indonésie, Thaïlande et Vietnam. Ces cas sont survenus en trois phases : janvier-mars 2004, puis juillet-octobre 2004 et enfin décembre 2004 à ce jour. Depuis le début de l’année 2006, de nouveaux cas sont survenus en Chine (4 cas dont 3 décès) et en Indonésie (8 cas dont 7 décès). En Turquie, 12 personnes ont été contaminées, dont 4 sont décédées. Au total, 147 cas humains de grippe H5N1 ont été identifiés, dont 78 mortels.
La situation en France
La France est le premier pays européen dans lequel des oiseaux d’élevage ont été touchés par le virus H5N1. Dans le département de l’Ain, des oiseaux sauvages ont contaminé un élevage de 11.000 dindes qui a dû être détruit. Jusqu’à présent seul ce département est concerné par la contamination d’oiseaux domestiques. La préfecture de l’Ain a établi une zone de protection. Suite à la découverte d’un cygne mort du virus en Camargue, deux zones de protection autour du lac du Pourra (Bouches-du-Rhône) ont également été mises en place.
L’approche de la communauté européenne contre le H5N1 est sanitaire : l’abattage de tous les animaux d’un élevage infecté est préconisé.
Lorsqu’un foyer animal est identifié, les mesures consistent en une mise en quarantaine suivie de l’abattage des animaux malades et des animaux potentiellement exposés. Des procédures de décontamination du matériel utilisé doivent aussi être appliquées afin d’éviter une contamination indirecte.
Le comité vétérinaire de l’Union européenne a également donné son accord à une vaccination limitée et préventive de la volaille, notamment en France.
Depuis le 22 février 2006, la France est autorisée à vacciner préventivement environ 900.000 oies et canards d’élevage dans certaines zones humides des départements des Landes, de la Loire-Atlantique et de la Vendée, ainsi que les oiseaux rares des parcs zoologiques.
Le confinement des volailles doit être total dans ces trois départements, ainsi que dans l’Ain, seul département où des oiseaux d’élevage ont été infectés. Lorsque les infrastructures ne sont pas suffisantes pour les enfermer, la vaccination préventive des canards et des oies est préconisée. A l’heure actuelle, les mesures de confinement ont été étendues à 58 départements.
Mais les vaccins disponibles en Europe ne procurent pas une indemnisation à 100%. De plus, ils concernent non pas le H5N1, mais deux autres sous-types de la grippe (H5N2 et H5N3, proches du H5N1). Enfin, la vaccination a souvent pour effet à long terme de renforcer le virus, le rendant encore plus résistant.
Les conséquences pour l’élevage
Près de 46 pays ont à ce jour pris des décisions de restriction totale ou partielle d’importation sur les produits avicoles français. En France, la baisse de la consommation était précédemment de 25 %, mais remonte peu à peu et se situe à ce jour autour de 15%. Le 23 février 2006, le Premier ministre a annoncé le déblocage de 52 millions d’euros complémentaires aux 11 millions déjà mobilisés pour aider la filière avicole.
Aux côtés du Ministre de l’Agriculture, le chef du Gouvernement a précisé que 2 millions d’euros seraient consacrés à des campagnes d’information "pour encourager à la consommation des volailles", 20 millions d’euros d’aide aux éleveurs et 30 millions d’euros d’aide aux entreprises de la filière (industries, abattoirs, découpe).
Lexique
Epizootie: une maladie affecte brutalement un grand nombre d’animaux à la fois dans une région donnée.
Epidémie: une maladie affecte simultanément un grand nombre de personnes.
Pandémie: propagation d’une maladie à l’ensemble d’une population, d’un continent voire à la planète entière.
Pour se renseigner :
Info’Grippe aviaire : 0 825 302 302 (0,15 € TTC/mn)
Liens
Délégation interministérielle chargée du plan pour lutter contre la grippe aviaire Ministère de la Santé et des Solidarités Institut de Veille Sanitaire (InVS) Agence française pour la Sécurité Sanitaire Alimentaire (AFSSA) Organisation Mondiale de la Santé (OMS)
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