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 Quel avenir pour l'ours blanc ? 07/12/2004

L'ours blanc est le plus grand prédateur de l'Arctique. Symbole de la banquise, il est aujourd'hui confronté à la réduction de son espace vital et la pollution de son environnement. Ces deux menaces pourraient provoquer sa disparition dans moins de cent ans. Nous faisons le point sur l'état de santé de l'ours polaire et les actions menées par la communauté internationale pour le sauvegarder.

(Sources : Service canadien de la Faune, Institut Polaire Norvégien, Institut Vétérinaire d’Oslo, WWF).

 Présentation de l’ours blanc
 La réduction de son espace vital
 La pollution de son environnement
 Intoxication de l'ours blanc
 Conséquences sur sa santé
 Que fait la communauté internationale ?
 Conclusion



Pésentation de l’ours blanc

25.000 ours blancs (appelés aussi ours polaires ou ours marins) vivent en Arctique, océan gelé formant le Pôle Nord. Leur territoire est partagé entre plusieurs pays : Danemark (Groenland), Norvège, Russie, Canada et Etats-Unis. C'est dans la baie d'Hudson (Canada) et dans l’Etat de l’Alaska (Etats-Unis) que la population est la plus dense. Respectivement 60 % et 25 % de l'ensemble des ours blancs y vivent.

Plus grand prédateurs de l’Arctique, l'ours polaire est aussi le plus gros des carnivores terrestres. Le mâle pèse de 500 à 750 kg et autour de 2,5 mètres. La femelle fait de 230 à 320 kg et environ 2 mètres.



La réduction de son espace vital

L’Arctique est le milieu naturel des ours blancs. Depuis des années, il est directement affecté par le réchauffement climatique accéléré de la planète. La calotte glaciaire fond plus largement chaque été, et sur une période de plus en plus longue.

La conséquence directe est la diminution du territoire de chasse des ours blancs, qui trouvent l’essentiel de leur nourriture entre avril et juillet, avant l’hibernation. Cela engendre une sous-alimentation, un affaiblissement général et une plus grande mortalité des oursons.

Le Service canadien de la Faune a constaté qu’en Baie d’Hudson, où 12.000 ours polaires vivent en permanence, la natalité a fortement chuté. Les mères ourses adultes sont sous-alimentées, donc trop faibles pour hiberner car elles n’ont pas accumulé suffisamment d’énergie pour cela.

Les oursons naissent en fin d’année, à l’abri d’une tanière de neige qu’on appelle une congère. Ils en sortent vers la fin du mois de mars, alors que la surface de la banquise commence à se réduire et que la nourriture va être de plus en plus difficile à trouver dans les mois suivants. Beaucoup d’entre eux sont sous-alimentés et ne survivent pas.

De plus, le réchauffement climatique du à la pollution a détérioré le climat arctique. De fortes pluies se produisent durant l’hiver et détruisent les congères qui abritent les oursons, les exposant aux prédateurs.





La pollution de son environnement

Récemment, des études scientifiques réalisées en Norvège et au Canada ont mis l’accent sur une nouvelle menace pesant sur l’ours polaire. Il s’agit de la présence massive de polluants organiques persistants (PCB) dans leur organisme.

Les polluants organiques persistants (PCB) sont des substances chimiques et des pesticides utilisés dans l’industrie et dans l’agriculture, ainsi que des produits secondaires issus de la combustion d’autres produits d’usage courant.

Les PCB portent l’attribut « persistants », car ils sont très résistants à la dégradation : une fois rejetés dans la nature, ils subsistent longtemps, à la fois dans le milieu physique (eau, air, sol) et dans les organismes (faune, flore) qui les absorbent. Ils se dégradent très lentement, c’est pourquoi on dit qu’ils sont difficilement biodégradables.

Dans la zone arctique, on trouve une concentration élevée de ces polluants, plus élevée même que dans les endroits de la planète où ils sont produits. En effet, quel que soit l’endroit où ils sont utilisés, les PCB sont transportés dans l’atmosphère très rapidement, et sur de très longues distances, par le jeu des courants marins et des vents. De plus, ils ont tendance à migrer du chaud vers le froid.



Intoxication de l'ours blanc

Ces polluants provoquent de nombreux effets toxiques sur la faune et la flore. Les animaux absorbant les PCB par le biais de l’eau et de l’alimentation, il en résulte une accumulation progressive de substances toxiques dans leur organisme, qu’on appelle la bioaccumulation.Les ours polaires se trouvent en fin de chaîne alimentaire : ils mangent les phoques, qui se nourrissent de poissons, qui eux-mêmes absorbent des algues.Ils accumulent ainsi la totalité des PCB absorbés tout au long de leur vie par les algues, les poissons et les phoques. On appelle ce phénomène la bioamplification.

De plus, les animaux de l’Arctique ont une durée de vie importante, et portent une épaisse couche de graisse pour se protéger du froid. Lorsqu’ils utilisent leur réserve de graisse pour subsister pendant l’hibernation, les toxines se concentrent dans le sang et les organes. Ce qui peut expliquer la concentration élevée de substances toxiques dans l’organisme des ours blancs.

Enfin, les toxines accumulées par les femelles tout au long de leur vie sont transmises à leur progéniture par le biais du placenta et du lait maternel. Les oursons sont dès la naissance atteints par les effets néfastes de la pollution industrielle au niveau planétaire.

Les populations d’ours les plus fortement contaminées par les PCB se trouvent sur l’archipel du Svalbard (Spitzberg), en Norvège. Des études scientifiques norvégiennes et canadiennes ont démontré le rapport entre la présence de PCB et des altérations biologiques chez les ours polaires (exemple : l'hermaphrodisme, présence des organes reproducteurs des deux sexes chez un même individu).





Conséquences sur sa santé

L’augmentation des substances toxiques dans le corps engendre plusieurs symptômes. Par exemple, on observe un affaiblissement du système immunitaire. Le rôle de ce dernier consiste à défendre l’organisme contre les infections provoquées par des agents extérieurs (virus, bactérie...).

Le système immunitaire est composé de cellules - les globules blancs - qui se forment dans la moelle osseuse. Sa dégradation provoque chez l'ours blanc une plus grande vulnérabilité aux infections.

De même, la concentration de toxines dans le corps de l’animal provoque une perturbation du système endocrinien. Appelé aussi système hormonal, le système endocrinien est l’ensemble des glandes qui fabriquent des hormones. Celles-ci sont déversées dans le sang pour permettre le fonctionnement des organes ainsi que diverses actions biochimiques vitales à l’organisme.

Le système endocrinien intervient dans la régulation du métabolisme, de la croissance et de la reproduction. L'ours blanc victime de la pollution subit ainsi une diminution de sa capacité de reproduction. Il connaît aussi des malformations congénitales et des anomalies de développement.



Que fait la communauté internationale ?

Cela fait plus de trente ans que la communauté internationale s'intéresse au sort du plantigrade des glaces. En premier lieu, les Etats ayant des ours blancs sur leur territoire national.

1973 : le Canada, les Etats-Unis, la Norvège, le Danemark et l'URSS signe un Accord sur la Conservation des Ours Polaires. La chasse à l'ours blanc y est très encadrée, une distinction étant faite entre la chasse pratiquée comme un loisir par les Occidentaux et la chasse des peuples indigènes de l'Arctique, comme les Inuits, qui font usage de la chair et de la peau de l'ours.

1975 : l’Ours blanc est inscrit à l’Annexe II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), en tant qu'espèce menacée.

1979 : la Convention de Genève sur la pollution atmosphérique transfrontalière à longue distance met en place un protocole destiné à lutter contre l’émission des substances dangereuses, dont les PCB. Cette Convention s’applique aujourd’hui à la Communauté européenne et à 42 pays de l’hémisphère Nord.

1991 : le Programme de Surveillance et d’Evaluation de l’Arctique (AMAP) est créé pour faire un état des lieux de la situation. Il remet en 1997 un rapport très alarmant sur la pollution de l’Arctique.

1997 : le Protocole de Kyoto, qui se tient au Japon, est une étape importante dans la prise de conscience officielle de la communauté internationale sur la réduction de gaz à effets de serre, responsables du réchauffement de la planète.
Les Etats-Unis s'y opposeront pourtant jusqu'à très récemment, niant l'urgence de la situation, alors qu'ils produisent entre 25 % et 35 % de la totalité de ces gaz.
La Russie, qui émet entre 15 et 20% de la totalité des gaz à effet de serre, a ratifié le Protocole de Kyoto en novembre 2004.

1998 : dans le cadre de la Convention de Genève sur la pollution atmosphérique, le Protocole d’Aarhus a pour objet de contrôler, de réduire ou d’éliminer les rejets, émissions ou fuites des PCB d’origine industrielle. Ce protocole a été ratifié par la France en 2003.

2001 : la Convention de Stockholm a pour objectif d’éliminer les substances organiques dangereuses pour l’environnement. La France la ratifie en 2004. Cette convention internationale complète la législation déjà existante sur les PCB et insiste sur l’élimination de la production et de l’utilisation des PCB internationalement reconnus.

Novembre 2006 : la Norvège prend la présidence du Conseil Arctique pour deux ans. Le Conseil de l’Arctique réunit les Etats directement responsables des conditions de vie des ours polaires, ainsi que des populations autochtones. La Norvège place la réduction des gaz à effet de serre dans ses actions prioritaires, soutenue en cela par deux autres Etats scandinaves, futurs présidents du Conseil. Une action est ainsi planifiée sur la période 2006-2012.

Décembre 2006 : pressés notamment par l’organisation Greenpeace, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils envisageaient de classer l’ours polaire parmi les espèces menacées dans leur propre loi sur les espèces en danger (Endangered Species Act) de 1973.





Conclusion

Selon la communauté scientifique, la calotte glaciaire de l’Arctique disparaîtra totalement durant l’été d’ici à la fin du siècle. La fonte des glaces semble aujourd’hui irréversible, mais pourrait être freinée par un radical changement de politique des énergies.

L’ours blanc est classé à l’Annexe II de la CITES depuis une trentaine d’années. Jusqu'alors classé considérée comme une espèce à risque d’extinction faible, mais dont la survie dépend d’une protection, l'ours blanc a intégré en 2006 la Liste rouge des espèces menacées d'extinction de l’UICN (Union Mondiale pour la Nature), en tant qu’espèce vulnérable.

Selon l’UICN, 30 % des ours blancs pourraient disparaître d’ici une cinquantaine d’années.



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